Jeudi 23 avril, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se réunissaient par vidéo- conférence pour la quatrième fois depuis le début de la crise sanitaire. A nouveau, aucun accord n’a été trouvé pour créer un fonds de relance ni pour accorder un soutien sérieux aux pays du Sud de l’Europe (Italie, Espagne et Grèce), les plus touchés au niveau économique et social par la crise. Le Conseil européen s’est contenté de valider l’accord du 9 avril des ministres des Finances des Etats membres de la zone euro (Eurogroup). Celui-ci prévoit «trois filets de sécurité pour les travailleurs, les entre- prises et les Etats membres», à hauteur de 540 milliards d’euros.
Prêter n’est pas aider 540 milliards, ça peut sembler beaucoup. Mais en regardant attentivement, on s’aperçoit qu’il s’agit avant tout d’une série de prêts qui devront à terme être remboursés avec des intérêts. Le premier «filet» est un fonds de garantie de la Banque européenne d’investissement (BEI) de 200 milliards pour financer des prêts aux entreprises. La deuxième partie est le dispositif SURE consacré au chômage partiel et doté de 100 milliards d’euros. Enfin, la dernière tranche est constituée de 240 milliards de prêts du mécanisme européen de stabilité (MES) aux Etats qui le demandent. Rappelons que par le passé et notamment en Grèce, les prêts du MES ont toujours été accompagnés de l’exigence d’appliquer une politique d’austérité budgétaire.
Des multinationales enrichies
Déjà à la mi-mars, la Banque centrale européenne (BCE) annonçait la création d’un programme d’achat d’actifs urgence pandémie (PEPP) de 750 milliards. Un montant qui pourrait être revu à la hausse lors de la réunion du Conseil de gouvernance de la BCE jeudi 30 avril. La question centrale est bien entendu de savoir qui va profiter de cet argent. En effet, alors que la BCE n’a pas le droit d’acheter des dettes publiques des gouvernements, elle peut acheter des obligations d’entreprises.
Une enquête du site néerlandais Follow the Money a révélé que les nouveaux «corona-euros» vont finir dans les poches des actionnaires de grosses multinationales comme Shell, British American Tobacco et Louis Vuitton Moët Hennessy (LVMH). En avril, ces entreprises ont emprunté de l’argent directement à la BCE, à des taux plus favorables que ceux de pays comme l’Italie ou l’Espagne sur les marchés financiers. Pour pouvoir profiter de ces emprunts bon marché, il faut que l’entreprise émette ses propres obligations, une opération financière complexe que les PME ne peuvent réaliser. L’argent de la BCE finit donc dans les poches d’un club restreint de très grosses entreprises qui versent des milliards de dividendes à leurs actionnaires!
PME et travailleurs oubliés
L’économie européenne est confrontée à une crise d’une ampleur inédite. La récession dans la zone euro sera terrible, avec une baisse du PIB de 13% pour l’ensemble de la zone d’après la banque italienne Unicredit. On le voit, les mesures prises par l’UE vont essentiellement servir à sauver les grosses entreprises, laissant sur le carreau les PME et les travailleurs. La seule sortie possible de la crise favorable à la population dans son ensemble impliquerait la remise en question de l’austérité budgétaire pour pouvoir financer massivement la santé et les autres secteurs fondamentaux de l’économie. Au niveau européen, la perspective de la création d’un fonds ambitieux qui permettrait de renforcer les systèmes de santé, de sauver les emplois et de réduire les inégalités entre les Etats membres est pourtant très éloignée.