Les médecins représentent une part du problème

Santé • Depuis plusieurs semaines, la question des salaires des médecins et de leur responsabilité dans la hausse des coûts de la santé défraie la chronique. Bernard Borel, pédiatre et ancien député popiste, livre son regard sur cette polémique.

Le sujet des médecins qui gagneraient des millions aux frais de l’assurance obligatoire défraie la chronique depuis plusieurs semaines. Quel regard portez-vous sur cette polémique?
Bernard Borel Tout d’abord, il me semble important de rappeler que les médecins font partie du 10% de la population qui gagne le mieux sa vie. Un pédiatre à 100% gagne par exemple autour de 200’000 francs annuels en travaillant environ 50 heures par semaine et c’est l’une des spécialités les moins bien payées de la profession!
Concernant les salaires dépassant le million évoqués dans la presse, c’est vrai, ils existent, notamment du fait que certaines spécialités, comme les radiologues ou les urologues, sont mieux rémunérées que d’autres. Cela dit, est-ce vraiment seulement les salaires d’un million qui posent problème? Quand le docteur Philippe Morel s’offusque à la RTS des accusations portées aux médecins en expliquant qu’il ne gagne «que» 670’000 francs net, c’est une offense à l’ensemble des travailleurs! D’ailleurs, son revenu brut est peut-être proche du million.

L’idée sous-jacente est que les médecins seraient responsables des coûts de la santé et donc de la hausse des primes de l’assurance obligatoire. Qu’en pensez-vous?
C’est effectivement l’un des éléments qui entre en jeu, même si ce n’est pas le seul. Le Tarmed, qui permet de facturer chaque acte, dysfonctionne. Quelque 4000 prestations différentes pour établir une facture représentent un non-sens, que tous reconnaissent maintenant. Et les médecins sont très peu contrôlés sur leur manière de facturer. Ils devraient au moins admettre qu’ils ont une part de responsabilité.

Dans tous les cas, médecins et assureurs sont beaucoup plus responsables de la hausse des coûts de la santé que les assurés, que l’on a tendance à culpabiliser. Certains abusent, comme dans tous les domaines, mais c’est une toute petite minorité. La majorité des gens a envie d’être en bonne santé et ne rêve pas de courir à tout bout de champ chez le médecin! Dans ce domaine comme dans d’autres, il faut faire attention à ne pas stigmatiser les « petits ». A ce titre, soulignons que la récente proposition du Conseil fédéral d’augmenter les franchises minimales de 300 à 350 francs est une mauvaise idée. Cela ne va certainement pas aider à réduire les coûts de la santé, à moins que de nouvelles personnes renoncent aux soins, ceci alors que, comme le montre la campagne actuelle des CSP sur le sujet, une part non-négligeable de la population le fait déjà!

On dit souvent que les médecins ont fait de longues études et qu’ils ont beaucoup de responsabilités, ce qui justifierait ces hauts salaires…
Ces études ont été payées par la société. Les médecins lui sont donc redevables. Quant aux responsabilités, nous en avons, mais nous ne sommes pas les seuls dans ce cas, et puis nous avons été formés pour.

La grève des chirurgiens à Genève a montré que les médecins ne semblent pas près de revoir leurs tarifs à la baisse…
Comme médecins et assureurs n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur une modification du Tarmed, Alain Berset a imposé des modifications. Une part d’entre elles sont justifiées, car l’évaluation de certaines prestations techniques (chirurgicales et liées à des appareils comme en radiologie) avait été faite il y a de nombreuses années et les progrès techniques les ont rendues aujourd’hui bien moins coûteuses. Les chirurgiens ne sont toutefois pas d’accord avec cette vision des choses. En revanche, le temps de consultation a aussi été réduit à 20 minutes, ce qui pose problème notamment pour les généralistes, pour qui le temps passé avec le patient a plus d’importance que la prestation technique. Il est possible de facturer tout ce qui dépasse 20 minutes mais cela demandera beaucoup de paperasse…

La FMCH (Fédération des chirurgiens) et santésuisse ont signé en janvier une convention portant sur un tarif forfaitaire ambulatoire, estimant que cela devrait simplifier la facturation notamment. Qu’en pensez-vous?
C’est certainement un bon point de départ; d’ailleurs en pédiatrie nous avons aussi des forfaits pour les contrôles des enfants depuis l’introduction du Tarmed et cela fonctionne plutôt bien.

Quelles solutions générales défend la gauche face à cette situation?
Il faut oser parler de la responsabilité des médecins dans ce qu’il se passe. Se demander par exemple s’il ne serait pas plus intelligent de reconnaître que la médecine est un bien public et donc payer les médecins comme des salariés du public, au même titre que les enseignants par exemple. Les assureurs doivent aussi se remettre en question. Il faudrait notamment limiter les salaires des responsables et instaurer la transparence dans la gestion des caisses. Mais ils s’y opposent, étant dans une logique de profit. C’est pourquoi nous défendons encore et toujours l’idée d’une assurance publique avec des primes proportionnelles au revenu.