Prix Sakharov 2017, un cheval de Troie boiteux contre Caracas

Venezuela • Le Parlement européen a remis mercredi le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. On se pince pour y croire, mais la lauréate 2017 est l’«opposition démocratique au Venezuela» (par Cathy Dos Santos, paru dans l'Humanité).

Article paru initialement dans l’Humanité

Le Parlement européen a remis mercredi le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit. On se pince pour y croire, mais la lauréate 2017 est l’«opposition démocratique au Venezuela» au titre de sa «contribution exceptionnelle à la lutte pour les droits de l’homme», déclare, sans honte, l’institution, qui s’ingère ainsi de façon grossière dans les affaires internes vénézuéliennes, en prenant fait et cause pour de bien sombres individus qui empocheront, par là même, 50’000 euros.

Il y a Julio Borges, le président de l’Assemblée nationale, et «tous les prisonniers politiques dont les noms ont été communiqués par le Foro Penal Venezolano, représentés par Leopoldo Lopez, Antonio Ledezma, Daniel Ceballos, Yon Goicoechea, Lorent Saleh, Alfredo Ramos et Andrea Gonzalez».

Malgré l’embarras du choix, prenons Lorent Saleh. Figure du mouvement étudiant contre le pouvoir socialiste, responsable des manifestations qui ont fait 41 morts entre février et mai 2014, il a été placé en détention quelques mois plus tard pour avoir planifié des attentats en vue de déstabiliser l’Etat. «Il faut chauffer la rue petit à petit. Il faut brûler les discothèques, les points de vente d’alcool et le Centre national électoral», exhorte Lorent Saleh dans une vidéo datant de décembre 2013.

Dans une autre, il fait état du soutien d’un certain Antonio Ledezma, alors maire de l’aire métropolitaine de Caracas, à l’installation de camps de rébellion dans la capitale. Dans une troisième vidéo, Lorent Saleh converse de plans d’entraînement de groupes armés et d’assassinats de membres des milices chavistes.

On pourrait aussi évoquer le parcours de Leopoldo Lopez: violences, détournements de fonds, tentative de coup d’État… Le prix Sakharov 2017 est une pathétique mascarade contre Caracas, ridicule et blessante pour les défenseurs des droits de l’homme, les vrais.