La garderie d’enfants La Gardoche de Lausanne a été fondée dans les années septante, au lendemain de la contestation sociale de 1968. Pour les jeunes femmes qui comptaient avoir un enfant, il était souvent inconcevable de renoncer à une activité professionnelle ou interrompre une formation, mais rares étaient les futurs pères disposés à diminuer leur temps de travail pour s’occuper eux aussi de l’enfant. Se formaient alors des groupes de réflexion, qui débattaient de la garde des petits surtout, mais aussi de la diminution du temps consacré aux tâches ménagères. On discutait d’une possibilité de socialiser les enfants sans que les jeunes mamans ne soient confinées au foyer.
Les pouponnières étaient rarissimes et les garderies existantes avaient des critères d’admission souvent sélectifs, certaines de leurs directrices traitant avec suspicion une mère qui voulait confier la garde de son enfant à un tiers alors qu’elle ne constituait pas un « cas social ». Par ailleurs, de nombreux parents étaient critiques à l’égard des méthodes éducatives dans les institutions existantes. Ils estimaient que le rôle de la garderie n’était pas seulement d’offrir un accueil sécurisé aux enfants, mais aussi de stimuler leurs facultés, de les aider à devenir autonomes, d’aiguiser leur raisonnement et de leur apprendre à partager. Du fait surtout de mères qui s’organisaient entre elles pour garder à tour de rôle les enfants ne serait-ce que pour quelques heures, des crèches autonomes ou « Kinderläden » voyaient le jour. A Lausanne aussi, des parents se consultaient, se documentaient et discutaient. En mars 1977, ils voient leur objectif réalisé : la garderie privée autogérée La Gardoche ouvre ses portes.
Pierre Jeanneret a consacré un livre à la démarche de celles et ceux qui ont oeuvré à sa création et à son fonctionnement. Il décrit le quotidien du personnel et des enfants dans ce lieu d’accueil, sans faire l’impasse sur les conflits interpersonnels qui minaient l’institution et ont contribué au découragement de ceux qui la portaient (la structure autogestionnaire a fini par être municipalisée en août 2013). La publication peut émouvoir certains lecteurs en leur présentant des photos ou des témoignages d’anciennes connaissances, et en intéresser d’autres avec le bref historique des crèches en Suisse et en particulier de celles de la région lausannoise. L’auteur décrit également le contexte politique et social qui a rendu possible la création et le fonctionnement d’une crèche autogérée. Nous espérons que cette dernière partie, la plus passionnante, encouragera de nouvelles expériences autogestionnaires.