« J’ai fait un burn-out à cause de la pression au travail»; «on fait toutes les semaines des heures supplémentaires»; «ça m’arrive souvent de bosser tout seul sur les toits»; «le plus grand point négatif dans mon apprentissage, c’est le stress. J’ai carrément eu des symptômes». Discutant avec des apprenti.e.s, il n’est pas rare d’entendre des témoignages pareils. Ils furent récoltés ces derniers mois dans plusieurs cantons par les Jeunes POP, dans le cadre de leur campagne «Plus de droits pour les apprenti.e.s».
Les difficultés rencontrées lors des apprentissages ont déjà été soulevées à plusieurs reprises, notamment par des sondages d’Unia. L’enquête «Comment se passe ton apprentissage» révélait en 2019 des statistiques inacceptables. Un tiers des apprenti.e.s disait avoir été harcelé.e.s sur le lieu de travail et 70% se sentir parfois stressé.e.s. Alors que la voie de l’apprentissage est encouragée par le Canton de Neuchâtel, la députée popiste au Grand Conseil Sarah Blum a interpellé en mars 2020 le Conseil d’Etat neuchâtelois quant aux outils mis en place par celui-ci afin de faire respecter les droits des apprenti.e.s. La réponse apportée par le gouvernement neuchâtelois fin août se veut peut-être rassurante. Mais elle reste insuffisante. Elle confirme qu’il est toujours nécessaire d’accroître la protection des apprenti.e.s sur le lieu de formation.
Protection sur demande
Dans le Canton de Neuchâtel, les conseiller.ère.s en formation professionnelle (CFP) ont des missions de trois ordres. En premier lieu, conseiller les formateur.trice.s et apprenti.e.s sur la formation professionnelle et le droit du travail. Ensuite, soutenir les apprenti.e.s et les entreprises. Enfin, surveiller le bon déroulement de l’apprentissage. Pour ce faire, les CFP rendent visite aux apprenti.e.s afin de vérifier notamment le respect des clauses du contrat (horaires, salaires, vacances…). Dans sa réponse à l’interpellation popiste, le Conseil d’Etat confirme qu’il est prévu que les apprenti.e.s reçoivent durant la formation, au minimum une fois la visite d’un.e conseiller.ère.
Il en profite pour saluer leur travail et les 1862 visites effectuées en 2019. En plus de ces visites en entreprises, les CFP se rendent dans les classes en automne lors de la première année d’apprentissage afin d’informer et transmettre leurs coordonnées à utiliser «en cas de difficultés figurant sur les contrats d’apprentissage». Ainsi, le Conseil d’Etat précise que «lorsqu’une difficulté est signalée, les CFP interviennent immédiatement et dans tous les cas».
Respect des droits en question
Il est certes rassurant de savoir que des interventions ont lieu lorsque le ou la CFP est informé.e d’un problème. Sans quoi, il y aurait encore plus de soucis à se faire. Mais rien ne prouve que cela suffise à garantir le respect des droits des apprenti.e.s. L’intervention repose en effet sur la dénonciation du problème. Dans le cas où un.e apprenti.e se trouve en difficulté face à sa hiérarchie, cela signifie que la dénonciation repose principalement sur ses épaules. Or, dénoncer un.e supérieur.e, n’est pas simple, qui plus est lorsqu’on est potentiellement un.e mineur.e face à un.e adulte.
De plus, cela suppose que la personne en apprentissage connaisse ses droits, ce qui n’est pas si facile au vu de la multitude de textes législatifs encadrant ce type de formation.
Défendre et informer sur les droits
On peut saluer les CFP pour leur travail. Mais le manque de remise en question du Conseil d’Etat dans sa réponse pose problème et confirme l’importance de continuer à renforcer les droits des apprenti.e.s. Certes, il est précisé que, selon un sondage effectué en 2016 auprès des entreprises formatrices du canton, le taux de satisfaction était de plus de 86% par rapport à la surveillance, mais aucune précision n’est donnée sur qui a été interrogé.
Par ailleurs, le fait d’ajouter qu’«il est donc faux et même indélicat de mentionner que les visites des CFP sont très rares» ou qu’«il s’agit également de ne pas oublier que les apprenti.e.s ont bien évidemment des droits, mais aussi des devoirs» a de quoi interloquer.
Il suffit de rencontrer des apprenti.e.s pour que plusieurs mentionnent des situations de harcèlement ou d’autres difficultés rencontrées personnellement ou par certaines de leurs connaissances. Ceci sans pour autant qu’ils.elles acceptent de témoigner ouvertement, même sous couvert d’anonymat.
Situations problématiques
Après avoir mené un sondage auprès des apprenti.e.s, les Jeunes POP ont pu se rendre compte des situations souvent délicates voire scandaleuses auxquelles doivent faire face les personnes en apprentissage. Une campagne demandant des contrôles plus efficaces et réguliers sur les lieux d’apprentissage ainsi qu’une meilleure information sur les droits des apprenti.e.s a été lancée en août 2020 dans plusieurs cantons. La récolte de signatures pour la pétition arrive à son terme. Espérons que les centaines de signatures permettront une meilleure prise de conscience, notamment du gouvernement neuchâtelois.
Il est encore possible de signer la pétition jusqu’au 23 octobre sur www.jeunespop.ch ou d’envoyer à suisse@jeunespop.ch des témoignages qui seront publiés anonymement.