Une mobilité écologiquement responsable

Neuchâtel • Mobilité urbaine et choix de société privilégiant le développement durable: la question de l’accessibilité aux infrastructures se pose notamment pour plusieurs sites. (Par Julien Gressot)

Réaliser un parking pour une institution visant à sensibiliser sur l’environnement? (La Tchaux verte)

Quelle mobilité développer dans les villes pour tenir compte des besoins de toutes les catégories de la population tout en étant écologiquement responsable et en arrêtant de construire toujours davantage d’infrastructures? Telle pourrait être formulée la question que se posera la Commission chargée de réfléchir à l’accessibilité au Musée d’Histoire naturelle de La Chaux-de-Fonds et au Zoo du Bois du Petit-Château.

Parking controversé

Tout débute avec le projet de Zoo-Musée, projet tant attendu et maintes fois repoussé. Après plusieurs tentatives infructueuses, une solution a réuni un large consensus (trente-trois voix pour, quatre oppositions et deux abstentions). Une seule ombre au tableau, la réalisation d’un parking en lieu et place d’un terrain de loisirs au sud de la structure. Déjà durant la séance, le POP et les Verts avaient proposé, par le biais d’un postulat, que le Conseil communal examine d’autres solutions, mais en vain.

C’est finalement l’intervention bienvenue d’un collectif citoyen intitulé la «Tchaux verte» qui contraint l’exécutif à mener cette réflexion en déposant une initiative munie de 5359 signatures, soit bien plus que le 10% du corps électoral requis, preuve d’un fort soutien populaire.

Accès en question

Deux visions s’opposent sur la question de l’accessibilité au Musée. D’un côté celle qui ne peut imaginer une institution visitée, on l’espère, par un nombre important de personnes sans construire un parking à proximité immédiate.
De l’autre celle qui considère cela comme un péché originel que de détruire un espace vert pour réaliser le parking d’une institution ayant pour mission de sensibiliser à la protection de la nature.

L’accès au site est donc le cœur du sujet comme le souligne une des conclusions du rapport de l’exécutif soumis aux voix le jeudi 28 mai prochain: «comme indiqué, son accessibilité sera un élément déterminant de son succès». Si l’on ne peut s’empêcher de trouver cette remarque pour le moins osée quand on sait que les aménagements extérieurs coûteront davantage que la muséographie (dont l’importance pour attirer un public paraît évidente comparée à un parking), la question est tout de même sensible.

Un musée est chargé de partager des connaissances et transmettre un patrimoine, dans ce cas matériel (les collections du Musée sont exceptionnelles) et immatériel (l’environnement et sa protection). Il est donc primordial que le Musée soit à la disposition de toutes et tous, notamment des familles – qui ne peuvent pas toutes s’offrir le luxe d’un voyage en train –, des personnes âgées et à mobilité réduite.

Des habitudes à faire évoluer

Si la proposition de l’exécutif de s’asseoir autour d’une table pour chercher des solutions est louable, certains éléments du rapport font douter de sa volonté d’élargir le champ des possibles. Ainsi, l’article 3 stipule que «la commission est chargée d’accompagner le Conseil communal dans ses réflexions liées au stationnement à l’usage du Musée d’histoire naturelle et du Zoo du Bois du Petit-Château dans le périmètre immédiat du site».

Imaginer l’utilisation de parkings d’échange combinée à un renforcement des transports publics ne semble pas entrer dans ce canevas. Des collaborations avec les usines avoisinantes, qui ont des parkings inutilisés le week-end et durant les vacances estivales, pourraient également être une piste.

Changer les habitudes demande du temps. Mais l’exemple de Pontevedra, localité en Galice surnommée «la ville où le piéton est roi», démontre qu’il est non seulement possible mais souhaitable de faire autrement. Elle qui a su proposer une autre forme de développement urbain en limitant au maximum les voitures, permettant du même coup de favoriser le petit commerce, de créer un centre urbain agréable, d’offrir de larges espaces aux enfants, de réduire drastiquement la pollution et par conséquent d’améliorer la santé d’une population qui en redemande (Pontevedra est un des rares lieux de la région à voir sa population croître). Les terrasses peuvent s’élargir, les magasins mettre leurs échoppes à l’extérieur, la population flâner dans des rues tranquilles et les enfants jouer dans de larges espaces plus sécurisés. Une forme de collectivisation de l’espace urbain bénéfique à la vie sociale, à l’économie locale, au bien-être et à l’environnement.

Et si une réflexion autour d’un terrain de loisirs servait de base pour tendre vers un développement plus humain de nos villes?