Cette fois-ci, c’est la Blanchisserie Blanchâtel détenue par le groupe Elis, qui en fait les frais et surtout la soixantaine de travailleurs.euses laissée sur le carreau. Les promesses apparentes du Conseil d’Etat fin 2019 de reprendre l’analyse de la situation et la nomination du nouveau conseil d’administration du système hospitalier neuchâtelois (désormais RHNE, ex-HNe) n’auront, sans grande surprise, rien changé. En réponse à une demande de la RTN, Jean-Nathanaël Karakash, le conseiller d’Etat neuchâtelois en charge de l’économie, confirme l’information et «ajoute n’avoir pas d’autres commentaires à apporter». Merci à lui pour cet éclaircissement limpide sur ce nouvel échec de son service. L’entreprise Bardusch SA qui reprend le mandat de prestations est établie dans le Canton de Vaud.
Chronique d’une mort annoncée
C’est une perte sèche pour le Canton de Neuchâtel à plusieurs niveaux. Tout d’abord, ce sont des emplois qui disparaissent (44 CDI dont 35 sans solutions actuelles et 21 CDD non repourvus), occupés le plus souvent par des femmes d’origine étrangères, dont une partie risque de se retrouver durablement sans solutions.
C’est à une nouvelle socialisation des pertes, par le biais de la caisse de chômage puis, si les indemnités sont insuffisantes (les conditions salariales sont très mauvaises dans les entreprises privées de nettoyage) ou que la situation se prolonge, par l’Action sociale, et à une privatisation des bénéfices auxquelles nous assistons.
En plus de recevoir le soutien au demeurant bien légitime de la société, ces futurs ex-travailleurs.euses ne payeront plus d’impôts. C’est donc doublement négatif pour la collectivité.
Sans compter que le mandat repris par Bardusch SA est plus cher que celui proposé par Blanchâtel. Pourquoi? Selon la version officielle, la qualité de Blanchâtel est insatisfaisante. Notons sur ce point, que le Conseil d’Etat n’a laissé aucune chance à l’entreprise qui se trouvait dans l’expectative depuis 2014. En effet, le groupe Elis n’allait pas investir pour améliorer la qualité des services dans une succursale devenue non-rentable après la perte de ces deux plus gros contrats (hôpitaux et EMS). L’annonce de réexamen de la part de l’exécutif cantonal n’était donc que poudre aux yeux dans cette chronique d’une mort annoncée.
Décisions politiques inconséquentes
Attention, il ne s’agit pas ici de défendre outre mesure l’entreprise du groupe Elis – une multinationale active dans les services de blanchisserie. Il s’agit de pointer la précarisation de ces métiers mal lotis et sous-payés, ainsi que l’inconséquence de décisions politiques répondant uniquement au dogme néolibéral qui considère les travailleurs.euses comme de simples variables d’ajustement.
Les services de blanchisserie des hôpitaux neuchâtelois ont été externalisés au nom de «l’efficience», autre concept cher aux néolibéraux de tout crin. Non seulement ça ne l’est pas, les services de blanchisserie de ce type d’entreprises privées ne répondent bien souvent pas aux attentes en termes de qualité, mais cet affaiblissement des services publics est au contraire coûteux pour l’ensemble de la collectivité socialement, écologiquement – il faut transporter le linge dans le Canton de Vaud – et, nous venons de le voir, financièrement.
A l’heure où l’importance d’un service public fort est encore plus criante, nous ne pouvons que regretter cette nouvelle aberration d’un Conseil d’Etat à majorité socialiste. A nos yeux, la seule solution étant de réintégrer les services de blanchisserie au sein des hôpitaux neuchâtelois afin de pouvoir contrôler la qualité des services et péren-niser des emplois.
Malheureusement, la logique est toute autre. Encore dernièrement, les hôpitaux neuchâtelois extériorisaient la totalité des services de nettoyage pour que les employé.e.s ne bénéficient plus des conditions plus favorables de la Convention collective de travail (CCT21) opposant ainsi le personnel soignant au personnel non soignant. Pourtant un hôpital est un tout.
Pour vivre dans une société plus juste, il est temps de revaloriser l’ensemble de ces métiers essentiels mais précarisés, de sortir de ces logiques purement économiques et d’appliquer enfin les beaux discours officiels qui nous sont désormais servis quasi quotidiennement.