Un Hôtel historique reprend vie grâce une coopérative

Neuchâtel • L’histoire de la Révolution du canton et la proclamation de la République ont leur berceau dans un magnifique établissement hôtelier enfin restauré par l’action décisive de passionnés.

L’épopée victorieuse du sauvetage de l’Hôtel de La Fleur-de-Lis: un acquis pour l’histoire cantonale. (DR)

Témoin incontournable de l’histoire du canton de Neuchâtel, l’Hôtel de La Fleur-de-Lis du Locle a fait peau neuve. Pour rappel, dévasté par un incendie en 1994, l’établissement reste à l’abandon durant plus d’une vingtaine d’années, obligeant les autorités à recourir à une hypothèque légale. Pourtant, ce bâtiment emblématique, haut lieu de la contestation, est riche d’une histoire de plusieurs siècles. Berceau de la Révolution neuchâteloise, il vit séjourner nombre de personnages illustres, à l’instar du prince Édouard d’Angleterre (1767-1820), du héros de l’indépendance vénézuélienne, Francisco de Miranda (1750-1816), ou encore le théoricien de l’anarchisme, Mikhaïl Bakounine (1814-1876).

Le sauvetage de la vénérable bâtisse relève pourtant d’une épopée. Les prémices tout d’abord avec l’intervention des autorités et d’investisseurs locaux, mais encore et surtout l’engagement de quelques passionnés. De ceux-ci naît une coopérative: «SavoirFaire Le Locle». Rachetant le bâtiment, ils lancent différentes études de marché sur la viabilité d’une activité hôtelière. Bien que positif, un arrêté fédéral sur la «Société suisse du Crédit hôtelier» (SSCH) rend toutefois impossible l’allocation de ressources au Locle et à La Chaux-de-Fonds pour ce type d’affectation. En 2015, cet arrêté finit par être modifié. Les Villes du Locle et de La Chaux-deFonds, dont l’urbanisme horloger est inscrit depuis 2009 au Patrimoine mondial de l’UNESCO, sont alors pleinement reconnues pour leurs atouts touristiques.

Il s’ensuit une recherche de fonds auprès d’innombrables institutions (fondation de la Loterie Romande…) ou d’entreprises locales (Société Dixi…). Cette réhabilitation s’inscrit d’ailleurs dans une économie de proximité où, dans la mesure des possibilités, seules les sociétés locales se voient octroyer des travaux. Enfin, différentes campagnes sont lancées auprès de la population, invitées à participer au projet (achat de pavés notamment).

La coopérative aurait pu réaliser des appartements adaptés, projet sans doute moins risqué, répondant à une demande naturelle. Pourtant, elle a souhaité restaurer l’affectation initiale et historique de la bâtisse: être et rester un établissement public et hôtelier. Le directeur de la SSCH, Philippe Pasche, l’a d’ailleurs relevé: «Le Locle passe un peu plus encore de destination d’excursion à destination de séjour». Après quelques mois d’exploitation, même si l’avenir financier reste encore incertain, les premiers chiffres d’exploitation semblent confirmer des perspectives positives.

A quelques jours de la journée du 8 mars, précisons encore que la présidence de la coopérative est portée par une femme, en la personne de Madame Magali Babey.  La coopérative «Savoir-Faire Le Locle» s’inscrit dans une mutation structurelle bien plus générale. Ainsi, ces dernières années, l’émergence d’autres sociétés alternatives sur territoire loclois vient compléter l’offre actuelle de service. La librairie coopérative «Aux Mots Passants», dont la Ville est également membre, se veut être un espace généraliste et indépendant des grands groupes. L’épicerie coopérative «l’âme verte» offre, quant à elle, un service maraîcher apprécié.

Berceau de la Révolution neuchâteloise

Cet établissement constitue, nous l’avons vu, le berceau de la révolution cantonale. En effet, en ce début d’année 1848, la principauté prussienne de Neuchâtel vit ses derniers jours. Les habitants des Montagnes accueillent favorablement les événements parisiens, qui précipitent, le 24 février, la chute du roi Louis-Philippe.  Au Locle, le 28 février, mangeant à la Fleur-de-Lis, Frédéric Pécaud, de retour de la Guerre du Sonderbund, se voit contraint, par la gendarmerie prussienne, à retirer son brassard muni de la Croix-Fédérale.

Le matin du 29 février, un drapeau suisse, confectionné par une habitante de la Fleur-de-Lis, Mlle Robert-Suchet, est hissé à l’une des lanternes adjacentes de l’établissement. La gendarmerie intervient. Des affrontements s’en suivent. Les révolutionnaires prennent la tour (Le Temple) empêchant ainsi que ne soit sonné le tocsin. L’imprimeur est quant à lui sommé de se ranger du côté des insurgés. Les autorités royalistes du Locle abdiquent. La «République» est proclamée.  A cette annonce, le Val-de-Travers et La Chaux-de-Fonds se soulèvent. Le 1er mars 1848, les troupes révolutionnaires arrivent à Neuchâtel. Se refusant d’abdiquer, le Conseil d’Etat est arrêté. La République est instaurée sur l’ensemble du territoire. La principauté prussienne de Neuchâtel a vécu.

Fritz Jung, Comment on fait une Révolution: Artisans loclois de la République de 1848, «Annales locloises», Le Locle, 1948.