Mardi soir, le Centre de prévention et de contrôle des maladies (CDC) étatsunien prévenait que le virus, désormais baptisé Covid-2019, commençait à se propager dans le pays et qu’il allait induire des «perturbations grave dans la vie quotidienne». Dans la journée, l’Autriche, la Croatie, l’Espagne, l’Algérie, la France et la Suisse rapportaient de cas sur leur territoire. La veille, les places boursières mondiales entamaient une baisse significative de leurs indices face à l’apparition d’importants foyers en Italie et en Iran.
L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) avait pourtant mis en garde, fin janvier, sur le fait que l’épidémie constituait «une urgence de santé publique de portée internationale». Près d’un mois plus tard, le Dr Bruce Aylward, expert dirigeant la mission conjointe OMS/Chine, déclarait devant la presse, au siège de l’OMS à Genève, «le monde n’est vraiment pas préparé à ça». De retour d’une mission en Chine, il soulignait que sur place plus de 80% cas «critiques» (voir encadré) ont survécu, tout en alertant, «ce n’est pas ce qui va se passer dans d’autres endroits, ils [les autorité chinoises] savent comment gérer une maladie compliquée sur une large échelle».
Il faut dire que le Parti (unique) chinois dispose de moyens économiques, techniques et de contrôle de la population gigantesques, dont ne dispose pas la majeure partie du monde.
Quant au capitalisme globalisé, on peut craindre, que face à cette crise sanitaire, il ne se serve du même (non) traitement que pour sortir de la crise climatique: les intérêts privés avant le commun, les profits avant la vie.
Crises de confiance
Voilà une semaine que des dizaines de milliers d’Italiens, de Lombardie et de Vénétie, sont physiquement coupés du monde. Le Premier ministre a prononcé un décret interdisant à quiconque de quitter ou de pénétrer dans les zones où le virus a été détecté. Les contrevenants encourent jusqu’à trois mois d’emprisonnement. Il n’en a pas fallu plus pour provoquer la peur et d’immenses files d’attente devant les supermarchés de Milan, la capitale économique du pays. Sur les réseaux sociaux on découvre des magasins aux rayons vides, ainsi que des altercations sur fond de racisme envers la communauté asiatique. On y dénonce également l’augmentation soudaine des prix des masques de protection et des solutions hydroalcooliques. Mercredi, le bilan faisait état de 374 cas dont 12 morts et 1 personne guérie.
Il y a une semaine, alors qu’il est à la veille d’élections législatives, l’Iran, révèle ses premiers contaminés. Le pouvoir qualifie le virus de «propagande des ennemis» de la République islamique. Alors que le bilan officiel faisait état, lundi de 43 cas dont 8 morts, un député de l’opposition parle de dissimulations, évoquant des centaines de cas et plusieurs dizaines de morts. Alors que la crédibilité des institutions est mise en doute, le Vice-ministre de la Santé est déclaré
positif au Covid-19. Mercredi, le bilan officiel faisait état de 139 cas dont 19 morts.
En France, le Ministre de la Santé, Olivier Veran, peine, lui aussi, à convaincre sur le degré de préparation du pays. Il faut dire que la tâche frise l’impossible dans un contexte de fortes mobilisations sociales, dont une grève en cours depuis plusieurs mois pour revendiquer plus de moyens et de personnel dans la fonction publique hospitalière. Du côté de l’extrême droite, on met en avant une solution originale, celle du contrôle aux frontières…
Reste que sur les réseaux, de très nombreux internautes s’interrogent sur l’intérêt d’une fermeture temporaire de celles-ci. Selon plusieurs experts de telles mesures ne sont pas efficaces et l’OMS ne le recommande d’ailleurs pas. Pour le Dr Aylward, le plus important est de détecter les malades et ceux avec qui ils ont eu un contact proche, afin de les isoler. Toutefois, on est en droit de se demander si une telle analyse ne vise pas en partie à préserver un système globalisé, dans un moment de panique sur les marchés. Le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, fait d’ores et déjà état d’une diminution de 30 à 40% du tourisme, alors qu’en début de semaine les indices de AirFrance-KLM et d’EasyJet dégringolaient de plus de 10%. «L’économie doit fonctionner, les gens doivent travailler» reconnaît le Dr Aylward à propos de la difficile «reprise» de l’activité en Chine. Ce redémarrage de «l’usine du monde» nécessite de grandes précautions au vu de la catastrophe sanitaire qui existe encore.
Un virus dans l’engrenage
Tout a commencé à la mi-décembre, lorsque des médecins s’alertent à Wuhan (11 millions d’habitants), capitale de la province du Hubei (58 millions), de l’apparition de plusieurs cas de pneumonie. Le 31 décembre, les autorités informent l’OMS. Le 7 janvier, des chercheurs chinois déclarent avoir identifié le pathogène responsable, un coronavirus différent de ceux connus et responsables du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) et celui du Moyen-Orient (MERS), tous deux à l’origine d’importantes épidémies par le passé. Une semaine plus tard, le voilà en Thaïlande, la suivante au Japon. Le 22 janvier, alors que les chiffres officiels font état de plus de 500 cas et de 17 morts, Wuhan ferme ses gares et aéroports. Rien n’y fait.
A ce jour, selon les données (officielles chinoises) compilées par l’université John Hopkins, le virus a atteint près de 80’000 personnes dans le pays, 2’800 en sont décédées et plus de 30’000 en ont guéris. L’OMS confirmait, lundi, une baisse drastique du nombre de contaminations quotidiennes, passées de plus de 3’000 début février à quelques centaines cette semaine dernière.
Un amer remède?
Pour le Dr Aylward, une telle baisse est à attribuer aux capacités, aux efforts et à la célérité des autorités chinoises. Il évoque la création de lits, la disponibilité et l’achat de matériel hospitalier (masques, respirateurs, ventilations, scanners, … ), les capacités d’analyses en laboratoire et (surtout) le confinement en quarantaine. Toutefois, il ne soulignera pas l’utilisation de la reconnaissance faciale associée à la vidéo-surveillance ou celle de drones. Il n’expliquera pas ces images ayant bravé la censure qui montrent des arrestations musclées, des hôpitaux saturés et alertant sur la répression pour contrôler l’information. Circulez, il n’y a rien à voir!
Répondant à un sénateur sur l’épidémie, le directeur général de la santé français, Jérôme Salomon, déclarait mardi: «Vous avez évoqué les enjeux des réseaux sociaux et des rumeurs. Je pense que c’est notre principale menace». Même son de cloche pour le ministre, Veran, qui à propos du contrôle chinois de l’épidémie, explique: «Je ne suis pas sûr que ce serait possible de réaliser tout cela dans un pays dans lequel les réseaux sociaux seraient ouverts».
Un tel doute est raisonnable, celui que tous les moyens seront bons pour tenter de maintenir les intérêts du capitalisme mondialisé, en Chine comme ailleurs.
Pas de doute non plus sur le prix fort que paieront les nations aux systèmes de santé les plus faibles, en particulier sur le continent africain. Pour le Directeur de l’OMS, nous sommes face à «une menace partagée à laquelle nous ne pouvons faire face qu’ensemble». Une de plus…
Ce que l’on commence à savoir du Covid-19
Selon les premières évaluations des Centres de prévention et de contrôle des maladies chinois et américains, le virus provoquerait des symptômes similaires à la grippe comme la fièvre et la toux sèche. Chez les personnes âgées ou avec des affections chroniques, l’affection évoluerait vers une pneumonie avec oppression, douleurs thoraciques, ainsi qu’un «essoufflement». Environ 80% des patients guérirait sans assistance et 20% nécessiterait une hospitalisation.
Ces derniers cas seraient «graves», conduisant à des affections comme les pneumonies (13,8%), voir «critiques», menant à une insuffisance respiratoire, un choc septique et une défaillance de plusieurs organes (4,7%). Le nombre de cas dont l’issue serait fatale est estimé, pour l’heure, à environ 2% (grippe ~0,2%, rougeole 10%). Le risque de décès augmenterait avec l’âge et peu de cas auraient été constatés chez les enfants.
Vous trouverez des informations plus détaillées et actualisées sur les sites de l’Office fédéral de la santé publique et de l’OMS.