Des coupes qui affectent les enfants

Neuchâtel • Un éducateur de la fondation Jeanne-Antide, qui accueille en placement des enfants qui rencontrent des difficultés dans leurs familles, dénonce les effets des coupes budgétaires cantonales.

Il y a quelques semaines, un éducateur du foyer Jeanne-Antide, de La Chaux-de-Fonds, qui accueille en placement et sur décision judiciaire des enfants de 0 à 6 ans provenant de familles en difficulté, a adressé un courrier à diverses organisations et journaux pour déplorer les coupes budgétaires touchant l’institution et leurs conséquences pour les enfants.

En préambule, il rappelle l’importance de sa mission: «Je refuse une confusion de l’objet et de la cause qui voudrait qu’un enfant battu, violenté, abandonné, reproduise indéniablement le schéma de vide de son enfance. Je crois que personne ne naît avec le désir de devenir pauvre et/ou maltraité. C’est pour cette raison que notre travail est de mettre en œuvre tous les moyens nécessaires pour que les enfants que nous accueillons s’emparent de la force qu’ils ont afin de ne pas répéter le dessein auquel ils auraient pu croire être assujetti. Pour cette principale raison, je suis inquiet pour le respect de leurs droits fondamentaux à la santé et à l’éducation. J’ai également peur que leurs besoins fondamentaux d’intégrité physique, psychique et de sécurité se retrouvent bafoués par des désirs économiques», écrit-il. Et de dénoncer les mesures d’économie exigées par les politiques du canton et touchant la fondation Jeanne Antide.

Interrogé à ce sujet par Arcinfo, le président de la fondation a confirmé que trois places disponibles dans le foyer n’avaient notamment pas été repourvues.

Absence de solutions alternatives
Il faut savoir que ces coupes s’inscrivent dans un contexte où le canton a affiché sa volonté, à long terme, de promouvoir le soutien aux familles ainsi que le placement d’enfants en famille d’accueil plutôt qu’en institution. Car «la meilleure place pour un enfant est dans sa famille», argumente la conseillère d’Etat Monika Maire-Hefti dans Arcinfo. N’est-ce pas plutôt une volonté de faire des économies? La conseillère d’Etat s’en défend, «mais elle ne cache pas que l’évolution du système de prise en charge dans le sens voulu pourrait permettre à terme au canton largement payeur de dépenser trois millions de moins», relève Arcinfo.

Être partie prenante
Quoi qu’il en soit, la situation inquiète particulièrement notre éducateur, qui déplore l’absence ou l’insuffisance de solutions alternatives: «Les coupes budgétaires sont ratifiées mais les nouvelles mesures d’accompagnement pour les enfants, elles, restent à définir et mettre en place. Cette non-définition risque de créer une grave insécurité pour les enfants dont nous avons un mandat d’éducation et de protection. Il faut savoir qu’actuellement certains enfants ne sont pas protégés comme ils le devraient. Ma crainte est qu’un drame se produise, je parle ici d’un enfant pour lequel nous savions qu’il fallait le protéger. Mais également et surtout que ce drame n’ait aucun effet sur les exigences de nos politiques», écrit-il.

Il souligne que «l’ensemble des éducatrices et éducateurs de notre foyer ne sont pas opposés à des réformes. Mais ils exigent que celles-ci s’inscrivent dans une politique de long terme». Ils demandent en outre à «être partie prenante pour l’élaboration et la mise en œuvre de ces réformes». «Après tout, nous sommes ceux qui devront mettre en place un projet éducatif pour ces enfants ainsi que ceux qui collaborent quotidiennement avec leurs parents. Nous sommes ceux auprès de qui ces enfants confient leurs craintes et leurs désirs», conclut-il. Sera-t-il entendu? Rien n’est moins sûr.