Le Grand Conseil neuchâtelois a enfin voté un budget 2018, issu, selon Arcinfo, d’un «compromis solide forgé en commission des finances». Il a été accepté la semaine dernière par 92 voix contre 15 et 8 abstentions. Si la majorité des députés s’en réjouissent, cela sera sans doute moins le cas des prochaines victimes des coupes budgétaires qui sont au programme. 4,7 millions d’économies sont en effet prévues dans le ménage de l’Etat: 2,1 millions dans la masse salariale, un million et demi de réductions des subventions aux institutions et entités para-étatiques et un million à l’université.
Le groupe libéral-radical a de plus imposé une condition supplémentaire pour apporter son soutien à ce budget déjà socialement inacceptable: revenir sur une décision prise en décembre dernier par le Grand Conseil à majorité de gauche et qui annulait un allégement fiscal décidé un an auparavant par le parlement à majorité de droite. En d’autres termes, il s’agissait de réintroduire ledit allégement fiscal.
Un accord à contrecœur
Chef du groupe socialiste, Baptiste Hurni a précisé dans la presse neuchâteloise que c’était à contrecœur qu’une partie de la gauche avait donné son accord, «dans l’intérêt supérieur de notre canton». Fabien Fivaz, chef du groupe PopVertSol, a quant à lui rappelé que cette baisse fiscale ne concerne qu’un tiers des contribuables et qu’elle n’est intéressante «que pour ceux qui disposent de plus de 150’000 francs de revenu imposable». La proposition a malgré tout été adoptée par 82 voix contre 23 et 10 abstentions. Elle privera l’Etat d’une rentrée fiscale de 4 millions et de 2,6 millions pour les communes.
La droite ne cesse de clamer qu’elle veut équilibrer les finances du canton, pourtant, elle soutient une baisse de la fiscalité, qui provoquera à son tour des réductions de moyens inadmissibles en particulier dans les secteurs social et de l’enseignement. C’est évidemment la préservation des intérêts des plus riches qui explique cette contradiction. Pour reprendre les propos de Baptiste Hurni cités plus haut, si «l’intérêt supérieur du canton» passe par ce style de compromis, il nous semble qu’il pourrait ne pas être de très longue durée, car il néglige totalement le fait que la force de la communauté se mesure au bien-être du plus faible de ses membres.
Un deal PS-PLR
Daniel Ziegler, président cantonal du POP, estime quant à lui que le vote du budget résulte d’un deal entre le PLR et le PS. Le PS aurait accepté de laisser passer la baisse fiscale voulue par le PLR, en échange de l’engagement de ce dernier à voter le budget tel que sorti des travaux de la commission. Les députés popistes ont quant à eux tous voté contre cette proposition PLR. Au vote final, une partie des popistes a toutefois accepté le budget, estimant qu’il en découlerait moins de dégâts sociaux que l’absence de budget. Une partie du POP s’est abstenue. Précisons finalement que le Conseil d’Etat a d’ores et déjà annoncé que l’ensemble de la fiscalité, aussi bien des personnes physiques que morales, sera revu en 2018.
Comment expliquer aux électeurs et électrices qu’un budget qui prévoit de nouvelles coupes dans le social et l’éducation a été soutenu par une partie de la gauche radicale, parce que sans budget, ce serait pire encore? Comprendra-t-elle qu’il s’agit d’un choix entre la peste et le choléra, et que pour un véritable changement, il faudrait justement plus de représentants de la gauche véritable au sein du Grand Conseil? La situation est pour le moins délicate!