Il est 8h30, l’ambiance est studieuse. Les apprenants, des hommes et des femmes migrants, comparent leurs réponses aux exercices et s’entraident. Le sujet du cours: les différentes formes de questions (familière, standard, formelle). Le fameux «est-ce que», bien que simplifiant la gymnastique de la syntaxe suscite beaucoup d’interrogations. Après un cours focalisé sur l’écrit, autre ambiance dans une session «comportementale». Les codes du savoir-vivre sont certes très différents en Suisse, même pour une Française, alors imaginez pour une personne venant du Kosovo ou du Brésil: électrochoc garanti! A mon arrivée, le formateur est en train de demander pourquoi le savoir-être est important. Le niveau des participants est plus avancé dans ce groupe et les réponses fusent, colorées d’accents venus des quatre coins du monde: «Pour s’intégrer», «Pour éviter les problèmes», «Pour assumer ses actes»… On compare les usages d’ici et d’ailleurs pour se saluer entre hommes, entre femmes, entre personnes de sexes opposés, ou de positions sociales différentes: beaucoup de similitudes, à coup sûr, mais aussi de nombreuses disparités. Les jeux de rôles se succèdent et il est intéressant d’observer comment ils révèlent les personnalités des uns et des autres. .
Une volonté de formation pour tous
«Dans un contexte économique qui exclut de plus en plus de personnes, aussi bien jeunes qu’adultes, suisses et étrangers, qualifiés ou non, l’intégration de toutes et tous à travers le travail est au cœur de notre action. Active depuis 2002, l’OSEO Genève propose une série de programmes et de prestations conformes aussi bien aux besoins des participants que du marché du travail; stages en entreprise, coaching, formations, ateliers, notamment», peut-on lire sur sa page d’accueil. L’association à but non lucratif s’y présente également comme la «principale organisation en Suisse active dans le domaine de l’intégration et de l’insertion». Dans la ville du bout du lac, elle compte plus de 65 employés répartis sur 6 sites. La structure s’adresse à des jeunes, des personnes peu qualifiées, des migrants mais aussi des cadres. Elle est fréquentée par des personnes inscrites à l’Office cantonal de l’emploi, au Service de réinsertion professionnelle de l’Hospice Général (organisme chargé de l’attribution de l’aide sociale à Genève) ou à l’Assurance Invalidité et par des réfugiés orientés par le Bureau de l’Intégration des Etrangers notamment. Les formations offertes couvrent un panel très large dont l’objectif commun est un retour à l’emploi. On trouve par exemple des cours de «remise à niveau» (maths, français, culture générale), «citoyenneté et vivre en Suisse», «développement de son réseau professionnel», «bilan de compétences», «techniques de recherches d’emploi», etc. Les employés bénéficient également de formations, comme l’explique Christian Lopez Quirland, directeur. Deux pour cent de la masse salariale y sont consacrés. L’objectif: leur permettre, qu’ils soient formateurs, conseillers en insertion, ou secrétaires, d’acquérir des outils leur permettant d’être plus efficaces dans leur travail, mais aussi d’approfondir les relations avec des institutions partenaires tel que l’Hospice Général ou de cultiver l’esprit d’équipe. Les sujets sont vastes: communication non-violente, logiciels informatiques, confiance en soi, team building, critères d’évaluation des apprenants, etc. Tous les services sont concernés. Les formations sont aussi des moments de partage durant lesquels de nouveaux liens se tissent, créant ainsi d’autres rapports de travail.