Les religions
Il est loin, le temps de la déesse-mère, dont la Vénus de Willendorf (-20’000 ans) est une belle illustration. Le bouddhisme et les trois religions monothéistes ont été écrites par des hommes qui prônent la suprématie masculine et la soumission des femmes. La hiérarchie bouddhiste, juive, catholique, orthodoxe, musulmane, est essentiellement masculine. Pour le bouddhisme, la pureté vient de l’homme délivré de la femme et des attirances physiques qu’elle cause, réputées sales. C’est la même vision qui impose le célibat aux prêtres catholiques. La rigidité du Vatican à l’égard des femmes est un symbole de la misogynie religieuse.
La famille
Malgré les profonds changements de la société: multiplication des divorces (un mariage sur deux), familles monoparentales, recomposées, union entre homosexuel-le-s, etc. le «modèle» reste un père, une mère et un ou deux enfants, comme le reflète le texte de l’initiative PDC «Non à la pénalisation du mariage», heureusement repoussée en votation. C’est le modèle qui régit l’organisation du travail et de la politique, dont les horaires sont difficilement compatibles avec les tâches éducatives, qui sont encore assumées à 80% par les femmes.
Le travail
En Occident, il n’y a plus de métiers interdits aux femmes, comme ce fut le cas pendant longtemps, bien qu’il reste un grand nombre de métiers exercés à 90% par des hommes (dans la mécanique, par exemple) et d’autres exercés à 90% par des femmes (les soins). Naturellement, les métiers «féminins» sont moins payés que les autres, et, rappelons cette injustice qui perdure: les femmes gagnent 20% de moins que les hommes. Il leur est aussi plus difficile de monter dans la hiérarchie, elles se heurtent à ce qu’on nomme «le plafond de verre».
L’éducation
Dans les textes, l’école est égalitaire, mais le sexisme est tellement ancré dans la société que dans les faits, les filles sont discriminées. Les manuels scolaires, même les plus récents et les plus attentifs, restent sexistes, les filles sont moins interrogées et moins encouragées que les garçons. Ces différences de traitement se retrouvent dans l’éducation familiale: on n’offre pas les mêmes jouets aux filles et aux garçons, on demande plus souvent aux filles d’aider, on retient les filles, on pousse les garçons, etc.
La politique et l’économie
Ce domaine reste celui des hommes, dans sa conception, son fonctionnement, sa violence, ses horaires. Les pays démocratiques ont bien des représentantes féminines, mais elles sont presque partout minoritaires 20% de moyenne mondiale, 45% en Suède, notamment grâce aux quotas, en Suisse: 15% aux Etats et 32% au National en 2015. Elles sont encore plus rares au niveau présidentiel, comme le montrent les photos des responsables de l’UE, du G20. Il en va de même dans le monde de l’économie.
La santé
Pendant longtemps, en Suisse, les femmes payaient des primes plus élevées parce que la grossesse était considérée comme une maladie. Le planning familial, l’avortement ne sont pas remboursés partout, ce qui met les femmes pauvres dans des situations inextricables. L’avortement est encore interdit ou limité dans un grand nombre de pays.
Le sport
De même que les garçons occupent presque tout l’espace dans les préaux, les hommes occupent la grande partie des manifestations sportives et de leurs comptes-rendus. Il suffit de feuilleter un quotidien pour s’en rendre compte. Les hommes ont droit à de grandes photos, à des pages relatant le foot et le hockey, où les femmes sont absentes. Dans les compétitions où les femmes sont aussi présentes, comme le ski ou le tennis, il est très rare de trouver une grande photo ou une page entière sur une femme, fût-elle championne.
Les JO ont commencé par exclure les femmes, puis leur ont ouvert, peu à peu, différents sports. Les organisations faîtières, les fédérations sportives sont essentiellement dirigées par des hommes. Le film Free to run de Pierre Morath, qui sort dans les salles, rappelle que jusqu’en 1984, on interdisait aux femmes de courir sous le prétexte que leur utérus tomberait! La FIFA, avec ses scandales, ses tricheries, ses combats de coqs, serait-elle une conception masculine du monde?
La violence
Dans la famille, dans l’espace public, où 100% de femmes subissent le harcèlement, dans les pays où la dot sévit, dans les guerres, les femmes subissent la violence. Une femme sur 5 subit des violences de la part de son compagnon. Le viol est utilisé par les belligérants comme une arme de guerre. Le film de Thierry Michel sur le Dr Mukwege L’homme qui répare les femmes dénonce la situation du Congo, où les violeurs restent impunis. En Chine, pendant la politique de l’enfant unique, on a assassiné des millions de filles. Certains villages aujourd’hui comptent 80% de jeunes hommes, qui vont voler des femmes ailleurs, version moderne de l’enlèvement des Sabines, aux premiers temps de Rome.
L’urbanisme
L’urbanisme est lui aussi pensé par des hommes pour les hommes. Les politiques écologiques sous-estiment les impacts sur les femmes, jamais consultées. Par exemple, la décision de moins éclairer certains quartiers augmente leur insécurité, certaines n’osent plus sortir la nuit, et le fait de dénigrer l’utilisation de la voiture individuelle culpabilise les mères qui, à 80-90%, transportent les enfants et les personnes âgées pour leurs activités.
Le savoir
Le savoir est encore essentiellement aux mains des hommes. Les journaux, les grandes maisons d’édition, les sciences, l’industrie de la culture (la scène, le cinéma, les musées) sont très majoritairement dirigés par des hommes. Ce qui est attribué, produit, présenté, relaté, diffusé fait donc une large place aux hommes et une minuscule aux femmes. Il suffit d’ouvrir une encyclopédie, sur n’importe quel sujet, pour le vérifier.
Ce bilan est démoralisant. Le 8 mars, indispensable, est l’occasion de se pencher sur les violences faites aux femmes, au sens large, et rencontre un large écho dans les médias. Et puis après On attend le 8 mars de l’année suivante, sans rien faire? Non, il faut se mobiliser toute l’année.



