La combinaison des mots «banque» et «Suisse» paraît naturelle. Ce qui l’est moins en revanche, c’est celle de «banque» et «alternative». Associer ce dernier mot à «Suisse» est déjà un peu étrange, mais alors à «banque», c’est juste atomique! D’où la curiosité de partir à la découverte d’une banque qui applique des valeurs liées à une autre vision de l’économie, à un tout autre rapport à l’argent.
Une banque engagée
Nicole Bardet, responsable de la représentation romande de la Banque Alternative Suisse, m’accueille dans ses locaux lausannois flambant neufs. Après m’avoir réservé un accueil chaleureux et présenté aux collaborateurs, elle entre de suite dans le vif du sujet: bien que la banque offre désormais tous les services bancaires classiques (compte courant, compte épargne, carte de crédit, fonds de placement (sa vocation première ayant été de favoriser l’épargne)), sa règle d’or n’est pas de rechercher la maximisation du profit lors de l’investissement des fonds. Le but, en effet, est de privilégier des projets viables, en accompagnant les mouvements de la transition de l’économie, à savoir jouer la carte du lien social, de l’écologie, du mieux-vivre ensemble. Elle privilégiera ainsi par exemple des crèches, cinémas de quartier, ou encore des projets d’agriculture bio et de proximité. La règle de la transparence tient en outre la tête du tableau. Ainsi, tout est transparent, des salaires en passant par les bénéficiaires de crédits ou les entreprises soutenues. Chaque année, le rapport annuel détaille scrupuleusement les comptes. La BAS est clairement une banque engagée concrètement en faveur d’une autre façon de vivre l’activité bancaire, en associant ses valeurs à ses actions. La BAS n’offre pas de produits bancaires spéculatifs, elle recherche en permanence des projets ayant un impact positif sur l’environnement et la société. Aujourd’hui, elle est encore petite, mais elle grandit de jour en jour et le nombre de clients est de 33’224 contre 28’533 en 2012 (selon le rapport annuel 2014).
«Mes valeurs prennent sens»
Nicole, qui vient du secteur bancaire classique, m’explique qu’ici elle peut mettre en pratique sa philosophie de vie. «Dans cet environnement, mes valeurs prennent sens. J’investis dans le bio, dans des structures offrant de la mobilité ou une éthique sociale que je partage». Elle me précise que ses collègues qui «pourraient tous être des amis, car nous nous rejoignons sur beaucoup de points essentiels», ont tous pris ce virage qui a donné un sens à leur activité professionnelle. En outre, la Banque Alternative Suisse ne se contente pas de soutenir, elle met en pratique ses principes pour ses employés. Ainsi l’abonnement général des CFF est financé à cinquante pour cent (la banque compte 90 employés dont dix-sept en Suisse romande), les personnes venant à vélo disposent d’une douche, des formations spécifiques à l’éthique et au développement durable sont proposées régulièrement et l’association du personnel est très vivante… Plusieurs éléments qui, on peut l’imaginer, doivent créer un climat de travail propice. Au moment de rencontrer les différents membres de l’équipe, je ne croise d’ailleurs que des visages radieux, tout en ressentant un bien-être profond. Je suis aussi prête à parier que ce contexte avantageux pour les salariés l’est aussi pour l’employeur: une équipe motivée, stable et investie pleinement contribue au rayonnement autant qu’à la crédibilité de la banque.
Un congé paternité de 20 jours
Outre un encouragement à la mobilité douce, préoccupation sociétale de plus en plus forte, la BAS accorde six mois de congé maternité et un congé paternité de vingt jours à ses employés. Là encore, les désirs de plus en plus manifestes des personnes qui travaillent de pouvoir consacrer du temps à leur-s enfant-s à la naissance sont pris en compte. Après cinq ans d’ancienneté, les semaines de congé passent de cinq à six. Une activité à temps partiel est également encouragée (plus de 50% du personnel en a fait le choix). Autant d’avantages qui offrent la possibilité aux employés de découvrir d’autres horizons, de développer leur créativité, leur potentiel. Dans le même état d’esprit, un congé formation d’un mois est offert tous les cinq ans. La banque récolte les fruits de ses généreux semis: des employés formés et épanouis apportent leurs acquis dans la structure qui s’en nourrit également ce qui ouvre toujours de nouvelles perspectives.
Les clients ne sont pas les plus importants
Ah, mais Chronos nous indique le moment de passer à table! Stéphane, chef à ses heures, nous a concocté une soupe maison de potirons, carottes, choux et pommes de terre qui, à vue de nez, s’annonce divine. Nicole s’est chargée des légumes ainsi que des fromages, laissant au chef, le soin de choisir le pain de même que la charcuterie. L’atmosphère, toujours détendue et conviviale, permet à chacun d’évoquer divers sujets comme le Movember, qui consiste, pour les hommes, à se laisser pousser la moustache en novembre pour sensibiliser autrui aux maladies typiquement masculines. Plusieurs participants attablés soulignent l’importance et l’ampleur du phénomène, dont je n’avais jamais entendu parler! Autres sujets: les produits bios dont la table est garnie, les valeurs de la BAS, l’économie sociale et solidaire. Cela foisonne. Pour conclure, une petite boisson chaude avec des carrés de chocolat issus du commerce équitable et produits de façon biologique. Puis tout le monde retourne à son poste le sourire aux lèvres, il est temps pour moi de partir.
Alors que je retourne vers la gare, je me rappelle d’une citation de Richard Branson: «Vos clients ne sont pas les plus importants. Ce sont vos employés qui le sont. Si vous prenez soin de vos employés, ils prendront soin de vos clients». A la BAS, cela coule de source et fonctionne, alors faites passer le mot!