Ils sont nombreux les mini-festivals d’été dans les stations de vacances, mais rares sont ceux qui, célébrant la musique de chambre, son côté intimiste et sa richesse souvent insoupçonnée, en privilégiant les œuvres nouvelles ou trop peu jouées. Découvert par hasard, le Talis Festival et Academy de Saas-Fee a été mon coup de cœur de l’été. Fondé et dirigé par la bassoniste Maria Jeleztcheva Wildhaber, il groupe des musiciens de haut niveau, techniquement et surtout musicalement, premiers pupitres d’ensembles et d’orchestres internationaux (Concertgebow, Chicago, Los Angeles, Lucerne Festival, etc.,etc.), ayant travaillé ou collaboré avec des Pierre Boulez, James Levine, Daniel Barenboim, Ursula Holliger pour ne citer que quelques noms connus. D’origine bulgare, américaine, hollandaise, islandaise, japonaise…et suisse, ils se réunissent en des formations parfois très inhabituelles, tel ce trio harpe, flûte et basson pour interpréter du Jolivet, ou classique, comme un quatuor à cordes pour jouer Queen! Si, si, il existe un quatuor à cordes de Queen! Ils jouent aussi Brahms, Vivaldi, Mendelssohn!
Le festival est aussi académie
Par ailleurs, les musiciens invitent des étudiants arrivés aux termes de leurs études pour se perfectionner dans l’art de la musique de chambre et jouer avec eux. Ils étaient une centaine à s’inscrire. Une douzaine d’instrumentistes et quatre compositeurs, outre le compositeur en résidence Marcus Maroney, ont été sélectionnés. C’est sans doute une des particularités de ces rencontres d’opter pour la création d’œuvres contemporaines, ce qui est tout bénéfice pour les compositeurs qui sont joués, les étudiants qui se familiarisent avec la pratique de la musique moderne, et les auditeurs qui peuvent se faire l’oreille en assistant aux répétitions gratuites, soit à l’Hôtel Dom, en plein centre de la station, soit dans l’Eglise réformée où se donnent les concerts du soir.
L’Hôtel Dom, haut-lieu musical
Gratuit aussi était le concert d’ouverture offert à l’heure du brunch dominical sur la terrasse de l’Hôtel Dom, point de chute de la manifestation et, dix jours durant, haut-lieu musical de la station. C’est là que logent et travaillent les musiciens. Le soleil était de la partie; une légère petite brise obligeait juste à manier les pincettes pour faire tenir les partitions sur les lutrins! L’acoustique de cette placette, entourée d’arbres, était étonnement bonne. Le silence régnait, les passants se taisaient dans la rue juste à côté; des enfants écoutaient fascinés tant par la musique que par la vue d’instruments aussi divers: harpe, cor, saxophone, basson, etc.
L’originalité du programme séduit
Et l’originalité du programme séduisait. L’enthousiasme du public annonce-t-il un renouveau de la musique de chambre qui semble perdre des auditeurs dans nos villes? Le Talis Festival et Academy y croit, pour autant qu’on la présente telle qu’elle est, intime, originale, variée, à l’écart du star system, telle qu’on voudrait toujours l’entendre. D’où le choix du nom de la manifestation: en latin talis signifie en effet telle, talis qualis, telle quelle, explique son administrateur, Philipp Wildhaber! Telle cette année, telles les années prochaines, espérons-le. n
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