On sait le rôle joué par Mediapart
dans le cadre des gros scandales politiques
français de ces dernières
années : affaire Woerth-Bettencourt,
puis aujourd’hui affaire Cahuzac.
Mediapart a été créé en 2008 par
Edwy Plenel, directeur de rédaction
du Monde de 1996 à sa démission en
2004. Il s’agit d’un journal en ligne
qui se présente comme « s’adressant à
une clientèle que ni l’offre papier existante
ni l’offre en ligne ne satisfont
aujourd’hui ». Mediapart privilégie
l’enquête et l’investigation, ce qui en
fait un média à part dans le paysage
français.
Bien qu’ayant choisi de ne paraître
que sur internet, Mediapart a adopté
un modèle de développement différent
de la plupart des autres sites d’information
en ligne : recrutement de
journalistes expérimentés, salaires
supérieurs à ceux de la profession et
surtout absence totale de publicité,
gage d’indépendance. Et ça marche !
En trois ans, l’équilibre financier a été
atteint.
Les forfaits de l’ancien ministre du
budget auraient-ils été connus du
public et de la justice sans le travail de
journalistes indépendants ? Rien n’est
moins sûr. Edwy Plenel dénonce
aujourd’hui la « complicité du monde
politique et médiatique » dont il aurait
bénéficié : « il y a de quoi être alarmé
sur l’état de notre démocratie », s’inquiète-
il à juste titre.
On peut tirer quelques enseignements
du rôle joué par Mediapart dans cette
affaire : alors que gauche et droite se
tiennent par la barbichette (Cahuzac a
été le premier défenseur de Woerth),
il n’y a de contre-pouvoir réel que s’il
existe une presse indépendante. Cette
indépendance a un coût : absence de
publicité (et donc absence de possibilités
de rétorsions commerciales par
des intérêts privés), salaires permettant
d’attirer des journalistes expérimentés,
enquêtes de fond menées sur
du long terme.
Plus que jamais, soutenons les
quelques journaux indépendants qui
paraissent en Suisse romande. Soutenons
toute initiative, tout modèle économique
expérimental permettant de
faire vivre l’indispensable critique des
pouvoirs politiques et économiques.